Histoire, chimie et magie

La cyanotypie est un procédé photographique monochrome mis au point en 1842 par le scientifique et astronome anglais John Herschel au cours de ses recherches sur la sensibilité des sels de fer à la lumière.

Il s’agit au départ d’un mélange de deux produits chimiques : le citrate d’ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium.

Cette émulsion, devenant photosensible, réagira donc à une exposition lumineuse.

De ce procédé pourtant chimique j’ai envie de ne retenir que la magie. La magie de ces fleurs qui se révèlent autrement, doucement, de leurs pétales parfois bouclier à la lumière parfois voile très fin laissant passer les rayons, dévoilant ici quelques nervures et là toute leur fragilité.

Je retiens la magie du rinçage, de la solution d’abord jaune clair, qui, brunie par le soleil, deviendra bleue. Un bleu de Prusse, profond, foncé mais lumineux.

C'est à la toute fin du processus que l'on découvre comment a agi le soleil, si l’insolation a été suffisante, selon la finesse de la fleur, selon l’heure de la journée, la saison. J’aime ces découvertes qui viennent surprendre la technique, car le soleil, bien vivant, a son rôle à jouer.

Bien sûr, il serait plus simple de travailler avec des lampes à UV dans le confort d'un atelier et calculer précisément les temps d’exposition. Mais où serait la poésie ? Je préfère composer avec la nature, guetter le ciel, sortir aux premiers rayons, les fleurs camouflées sous leur couverture, pour ne pas qu’elles prennent trop vite le soleil le temps que je sorte au dehors, traverse la route et m’installe sur les quais de Saône, mon bureau sauvage. Je préfère laisser cette nature décider du temps que je passerai, moi aussi, en plein air, tenter de l’apprivoiser sans cesse, ne pas être certaine du résultat et me laisser surprendre au rinçage. Laisser le vent déplacer les fleurs, les heures déplacer les ombres. 

 

Les cyanotypes Carasco portent cela, un peu de magie et le souvenir, toujours, d’une belle journée.

Je vis dans la cité des gones et réalise mes cyanotypes sur les quais de la Saône au soleil lyonnais. Sauf lorsque je rejoins ma campagne natale, les champs à perte de vue de ma Champagne, la nature au centre de tout. J'y suis parfois, pour respirer un peu mieux et tourner la vidéo ci-dessus. La tête au soleil, les mains dans l'eau, les pieds dans la terre.

© 2018 - Emilie Lacour - Tous droits réservés

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